CRITIQUES

STNG ou les aventures des nouveaux chevaliers de la Table Ronde

C'est en parcourant pour la énième fois les pages du "Roman du Roi Arthur" (Trad. Xavier Langlois, éd. Coop Breizh) que je me suis dis: "Tiens mais ce passage ressemble à du STNG...Et ce personnage pourrait être Arthur...et elle Morgane...". Je me suis donc amusé avec cette idée: Et si on lisait ST et surtout STNG comme la version futuriste des romans de la Table Ronde ? Après tout, le cycle breton fait parti du patrimoine culturel du monde occidental et a largement irrigué l'imaginaire des hommes depuis le moyen âge. L'idée est amusante. Alors développons.

D'abord un rapide rappel. Les romans de la Table Ronde sont une oeuvre gigantesque et collective écrite entre le XIIème et XIVème siécle. Chrétien de Troyes, Robert de Boron et Geoffroy de Monmouth en sont les auteurs les plus connus. Destinés à être lus et joués, fondement du roman courtois et de l'éducation des élites, les vers qui nous sont parvenus s'inspirent d'un chef de guerre, plus que d'un roi, du Vème siècle, Arthur, dont on connait très peu de choses. Qu'importe, le mythe arthurien est né dés cette époque, se confondant avec l'histoire du peuple celte, se transmettant de façon orale avant d'être couché par écrit, christianisation aidant. L'intérêt principal du cycle du Graal est ce qu'il nous apprend des mentalités, coutumes et croyances des hommes du moyen âge dont nous sommes des héritiers pas tant éloigné que ça.

Commençons d'abord par l'environnement. Les forêts de Brocéliande ou de Carmélide, les plaines hostiles de Calédonie, les lacs aux fées et autre val sans retour, d'où naissent tout le merveilleux du cycle breton sont remplacés dans ST par l'espace infini et ses multiples phénomènes. Les châteaux médiévaux de la légende sont toujours de véritables microcosmes, comme les planètes explorées par les vaisseaux fédéres. Dans le mythe, les ennemis rencontrés sont nombreux, souvent des saxons ou des pictes, et les créatures sont fantastiques comme le fameux Tourc'h, le sanglier blanc. Ils sont nombreux également dans ST et, comme dans le roman breton, il n'y a pas de manichéisme primaire (pléonasme!). Ainsi, Tourc'h est un monstre cruel et sanguinaire (il a faim!) surtout depuis qu'Arthur lui a tué sa laie, Gwyz. On pourrait multiplié les exemples. Quant à la magie, omniprésente dans le mythe arthurien, elle est bien évidemment remplacée dans ST par la science et ses lumineuses applications.

Passons aux symboles: la quête du Graal, fondement de la Table Ronde, correspond en fait cette soif de la découverte désintéressée afin d'atteindre, par la connaissance, la Vérité, pour un monde meilleur. Et c'est bien cette utopie qui anime tout l'univers ST. Concrètement, la table ronde ( cette autre table de la Cène), table du conseil où Arthur pouvait réunir jusqu'à cent cinquante (!) personnes (chevaliers et dame du palais compris), s'apparenterait dans STNG à la table, plutôt ovoïde, de la salle des briefing. Enfin le symbole de la table est présent. Et pour Excalibur? Il faut considérer que cette épée est certes faites pour tuer mais est avant tout le symbole des chevaliers qui aimaient à se peindre comme les défenseurs de la justice (image tellement éloignée de la réalité). Et dans cette optique, l'épée Excalibur est en fait le viatique qui permettra de réussir la quête du Graal. Excalibur serait donc l'Enterprise! CQFD!

Et enfin les personnages: l'alter-ego naturel d'Arthur est bien évidemment J.L.Picard. Même autorité suprême, même capacité à réunir ses officiers ( ou chevaliers) et même solitude lié à l'exercice du pouvoir. Car qu'on ne s'y trompe pas, dans le cycle breton, Arthur, bien que marié à Guenièvre (une passion de jeunesse), est un chef solitaire s'entourant de compagnons d'arme et totalement absorbé par sa tâche. Guenièvre intervient le plus souvent comme amie ou conseillère avisée. C'est en parti pour cela que Guenièvre, délaissée en tant que femme, fût séduite par le fils adoptif de Viviane, Lancelot du Lac. Donc dans ma démonstration, Guenièvre serait Deanna Troï et Lancelot, le bras droit, ami et second d'Arthur/Picard: Riker! Et voilà le trio arthurien reconstitué. Quid de Merlin maintenant. Cet homme omnipotent, tirant les fils de la destinée, maitre de l'Ars Magica mais si facilement piégé par l'esprit des hommes et leurs pulsions d'amour et de destruction. Data serait mon Merlin. Car il est l'incarnation de la technologie/magie de ST, qu'il est quasi-immortel et parce que sa quête de l'humanité est aussi celle que poursuit Merlin (qui terminera prisonnier volontaire, par amour pour Viviane). Worf, le guerrier, serait quant à lui l'incarnation de Gauvain d'Orcanie, le chevalier le plus rude et le plus brave de la Table Ronde. Berverly Crusher partage avec Morganne la fée les secrets des "potions" et une chevelure rousse ! La Forge, pour son handicap visuel et parce que son rôle est de bichonner l'USS Enterprise/ Excalibur, se rapproche fortement de Bedwer, le chevalier manchot (handicapé!), fidèle parmis les fidèles, qui retrouva Excalibur, en pris soin et l'envoya rejoindre son maitre, mortellement blessé, dans les eaux profondes du lac d'Avalon. Pour ses dons de préscience, Guinan serait la fée Viviane. Et d'ailleurs comme la fée, quasi éternellement recluse dans son château de cristal attirant dans sa "toile" dame et chevalier, Guinan quitte peu son antre: l'Avant-Toute. Et il y a même une place pour Wesley Crusher alias Perceval le Gallois. Car Perceval/Wesley a été fait chevalier/officier par Arthur/Picard. Ce sont les derniers à rejoindre le "cercle aventureux". Coeur pur, brillant, voulant bien faire et démontrer ses talents mais soumis aux tentations Perceval/Wesley ne sait pas toujours résister.

Voilà, je termine ici mon petit exposé. Mais j'y pense, et si STC était une version revistée de la Bible? Et oui, ne peut-on pas voir la Trinité de cette façon: le Père=McCoy; le Fils=Kirk et le Saint Esprit=Spock! Et ça marche, non ?!

Franck Blanche
Lt Chile
USS Québec