DIVERS

Le Rita McDowell Show

[Zone des quartiers des officiers – Station Lys 5]

La station paraissait plutôt calme aux deux nouveaux officiers. Enfin, nouveaux… cela faisait déjà six mois qu’ils avaient été affectés à Lys 5. Ils sortaient de la même classe, ce qui les avaient maintenu assez proches l’un de l’autre. Des amis en somme.

John, grand et d’une carrure imposante, n’était pas officier de sécurité, comme on aurait pu le croire, mais assistant conseiller. Dan, de taille et de carrure plus petites, n’avait jamais compris le choix de son ami qui aurait pu faire carrière dans la sécurité de Starfleet. Lui en était et il ne regrettait pas son choix malgré son éveil intellectuel supérieur à celui de bon nombre de ses collègues. (HP – Ne voyez pas là une critique sur les officiers de sécurité, ce n’est qu’une histoire ;o))

Mais ces deux hommes, intelligents et respectés, partageaient un lourd secret. Une passion dévorante qu’ils ne pouvaient contrôler, que ce soit par l’intelligence ou par la force.

C’est ainsi qu’à chaque semaine, ils se réunissaient, à l’abri des quartiers de l’un ou de l’autre où ils installaient un projecteur, le mur des quartiers en guise d’écran géant. Ils s’installaient toujours bien confortablement dans les fauteuils commandés précisément à cet effet. Lorsque chacun était paré, pop-corn et breuvages à proximité, la passion dévorante pouvait s’exprimer pleinement…

=/\= À l’écran =/\=

VOIX OFF - Bienvenue au Rita McDowell Show, le show intergalactique qui dévoile tout sur tout et tout le monde. Ce soir, mon padd à potins me permet de vous dévoiler tout sur une jeune femme qui n’en est pas une, malgré les apparences.

Un « Ouhhhh » se fit entendre du public présent dans les gradins alors que l’animatrice du show, Rita, arrivait sur le plateau, apparaissant de l’arrière de l’écran géant installé aux côtés de son bureau.

Les applaudissements fusèrent le temps qu’elle s’installe sur sa chaise et attrape son fameux complice ; le padd. Elle fit un simple signe et les éclats du public cessèrent immédiatement. Cela faisait partie de la gimmick. Sur le ton de la confidence, elle s’adressa alors à la caméra.

RITA – Ce soir, vous allez donc tout apprendre sur… Perséphone !

Elle tendit le bras vers l’écran qui afficha l’image d’une charmante jeune femme dans la vingtaine. Souriante et accompagné d’un chien husky, la jeune humaine en aurait fait craquer plus d’un. Mais l’humaine en était-elle vraiment une ?

Apparaissant de l’arrière de l’écran, la vedette de la soirée fut accueillit par Rita qui se leva pour lui serrer la main.

RITA – Bonsoir Perséphone, soyez la bienvenue parmi nous ce soir.

PERSÉPHONE – Merci à vous de m’avoir invité.

On sentait que la jeune femme n’était pas parfaitement à l’aise et, pour cause, elle n’avait pas l’habitude d’apparaître en public ailleurs que sur son vaisseau, le Perséides. Les deux interlocutrices se dirigèrent vers le bureau où elles s’installèrent.

RITA – Alors Perséphone, dites-moi tout. Qui êtes vous ?

PERSÉPHONE – Question difficile, Rita. Je ne suis pas, comme vous l’avez suggéré précédemment, humaine.

Des « ohhhhh » se firent entendre dans le public motivé par un homme en blouson noir comportant des écritures blanches dans le dos : « Rita McDowell Show ». Rita fit une moue surprise très bien simulée pour quelqu’un qui savait déjà tout ce qu’allait lui révéler la jeune femme.

RITA – Mais alors, qu’êtes vous ?

PERSÉPHONE – Je suis une Intelligence Artificielle ayant pour image holographique ce que vous voyez présentement en avant de vous. (Levant le doigt vers le public) Par contre, je défie quiconque de dire que je ne suis pas vivante.

On aurait pu voir des flammes dans les yeux de l’hologramme. Être considéré comme un être vivant, et non pas comme une simple extension holographique, était pour elle essentiel, vital…

RITA – Mon dieu, quelle passion. Et votre compagnon, là ? Est-il lui aussi holographique ?

L’animatrice montrait du doigt le magnifique chien husky qui était couché tranquillement aux côtés de la jeune femme. Bien que pacifique, il gardait à l’œil le monde qui les entourait lui et sa maîtresse.

PERSÉPHONE – Oui, il s’agit de Diode. Mon compagnon des bons et mauvais jours.

RITA – Mais, est-ce vous qui avez décidé de le créer ou plutôt, excusez-moi, d’adopter Diode ?

PERSÉPHONE – Non, Diode est né d’un accident de téléportation. Je n’y suis pour rien.

RITA – Un accident ? Vous me faites peur quant à l’efficacité de notre moyen de transport quotidien.

Rita s’adressait plus à la foule qu’à Perséphone. Cela fit évidemment réagir les personnes installées dans la salle.

PERSÉPHONE – Oh, rien de grave, je vous rassure. Simplement, des copies holographiques des dernières personnes passées par le téléporteur ont été créées. Ainsi Diode est le jumeau exact de Murphy, le chien husky de garde de Landra Arth. J’ai décidé de l’adopter puisqu’il a été le seul à se retrouver stabilisé par le pilote du Perséides, Vellmar Xan.

RITA – Les autres copies de personnes et animaux n’ont donc pas survécues ?

PERSÉPHONE – Non, en effet.

RITA – Eh bien, bienvenue aussi Diode.

Le chien leva la tête vers l’animatrice et remua la queue. Celle-ci repris où elle s’était arrêtée.

RITA - Donc, si mes informations sont exactes, vous êtes née sur le Perséides-A.

PERSÉPHONE – C’est bien ça. Il y a exactement 3 ans et 11 mois, Landra Arth Ardais me donnait naissance.

RITA – Attendez, vous en parlez, comme si elle avait accouché de vous…

PERSÉPHONE – Sans doute parce que je la considère comme ma mère.

RITA – Vous avez donc la capacité de ressentir quelque chose pour les autres individus.

PERSÉPHONE – Bien sur, pour qui me prenez-vous ? Un être sans cœur ? Il est peut-être holographique mais il bat bel et bien.

La jeune femme avait ponctué sa phrase d’un sourire mais on sentait qu’au plus profond d’elle-même, la question de l’animatrice la blessait un peu. Rita sourit à son tour et, afin de ne pas perdre la face, elle enchaîna.

RITA – Y a-t-il d’autres membres dans votre belle famille ?

PERSÉPHONE – Eh bien, mis à part Diode et l’équipage du Perséides que je considère comme ma deuxième famille, il y a la Commander Charlie Gwen Kojiro que je vois comme une sœur. Elle aussi elle a été créée plutôt qu’enfantée. Cela nous a beaucoup rapproché.

RITA – Vous avez donc toujours vécu sur le Perséides.

PERSÉPHONE – Oui. C’est là que j’ai fait mon apprentissage.

RITA – Votre apprentissage ?

PERSÉPHONE – Oui, l’apprentissage des sentiments et des relations humaines. J’ai beaucoup appris aux côtés des officiers du bord. C’est grâce à eux que je grandis et que j’évolue.

RITA – Est-ce que vous avez aussi évolué physiquement ? Pris des rides ?

Des rires se firent entendre dans la salle. Clane Narthil l’avait plus ou moins préparée à d’éventuelles questions humoristiques. Bien que l’humour de la jeune femme était loin d’être au point, elle s’essaya.

PERSÉPHONE – Je n’ai même pas encore quatre ans, je vais attendre un peu pour les rides, qu’en dites-vous ?

La réponse fit rire quelques personnes ce qui rassura la jeune femme.

RITA – Je vous comprends. Si j’avais le choix de les éviter, je n’hésiterais pas.

Rita enchaîna sur le sujet suivant.

RITA - Nous avons demandez à l’un de vos collègues de nous expliquer votre arrivée à bord et il a été plus qu’éloquent. Je vous propose d’écouter une partie de ce qu’il nous a raconté.

Rita indiqua l’écran géant de la main sur lequel apparut le chef ingénieur S’Taren. Tous s’attendaient, en voyant le vulcain, à une explication logique de l’arrivée de la jeune femme à bord du Perséides. Et c’est ce qu’ils eurent.

S’TAREN – Perséphone est originalement un projet de programme permettant d’optimiser les systèmes et l’interaction entre le vaisseau et son équipage : le projet Pandore. Il a été crée sur le Perséides par trois officiers de Starfleet ; deux scientifiques et un ingénieur : Igguk, Sturek, et Liri-Arth. Le vol du vaisseau avec le programme original de Perséphone par la Nouvelle Fédération et sa réinstallation sur le Perséides-A, a permis de se rendre compte que le programme évoluait en fonction de son environnement. C’est pourquoi, si le programme est installé sur un vaisseau différent, la personnalité qui en ressortira sera elle aussi différente ; comme si les officiers du vaisseau donnaient un peu d’eux-mêmes à Perséphone. Et avec plaisir, je pense.

La caméra revint vers l’animatrice.

RITA – Voilà pour l’explication technique de la naissance de Perséphone. Mais je pense qu’une autre personne va pouvoir nous parler plus personnellement de l’arrivée de cette jeune femme à bord du Perséides. Celle qu’elle considère comme sa mère ; Landra Arth Ardais.

Le visage de la trill apparut à son tour sur l’écran.

ARTH - Ce n’est pas toujours une officière modèle mais elle apprend. Sa volonté d’apprendre la rend très humaine… et sa curiosité la rend attachante. Bien entendu, je ne peux pas être considérée objective sur le sujet de Perséphone. Elle a commencé sa vie sur un de mes padds après tout. Elle est la somme des connaissances de plusieurs personnes et, comme tout le monde, elle est plus que la somme de ses composantes. Elle est une amie, une enfant et avant tout, une personne à part entière.

Rita se tourna immédiatement vers Perséphone afin de capter sa réaction aux propos de la Commodore. La caméra capta également l’image. Visiblement, les paroles de la trill avaient touché l’IA au cœur. Une larme coulait sur sa joue.

RITA – Est-ce que ça va, Perséphone ?

Un sourire, mêlé aux larmes, apparut.

PERSÉPHONE – Oui, très bien. Juste un peu d’émotion. C’est touchant d’entendre ce que sa mère pense de soi. Vous ne croyez pas ?

L’animatrice tendit délicatement un mouchoir à la jeune femme. Ajouter un peu de dramatisme ne faisait jamais de mal pour le taux d’écoute de l’émission.

RITA – Oui, bien sur. Vous voulez bien continuer ?

PERSÉPHONE – Oui, oui.

RITA – Dites-moi, Perséphone, quel est votre travail à bord du Perséides ?

PERSÉPHONE – Eh bien, je suis, ni plus, ni moins, l’ordinateur de bord. Enfin, j’en suis son extension holographique mais je suis lui également. C’est un peu compliqué à expliquer. Je suis partout à la fois, vous comprenez ?

RITA – Oui, d’accord. Et sur un plan personnel, un petit ami ?

La question surprit et fit sourire l’IA.

PERSÉPHONE – Non, pas encore. Mais je ne dirais pas non. Je suis capable d’aimer, de ressentir, de toucher… C’est donc une possibilité. Je n’ai juste pas encore trouvé celui qui voulait m’offrir un beau bouquet de fleurs.

L’animatrice se tourna encore vers la caméra qui fit un gros plan de son visage.

RITA – Messieurs, le message est passé…

Puis, elle se tourna de nouveau vers l’IA.

RITA - Perséphone, nous avons interrogé certains de vos coéquipiers sur vous mais d’une façon plus spécifique. Je propose de regarder le petit reportage que nous avons concocté avec leurs dires.

Le visage de la FO du Perséides apparut à l’écran.

VOIX OFF – Selon vous, quelle est la chose que déteste le plus Perséphone ?

JONES (FO) – Qu’on la traite comme un ordinateur.
XAN (Helm) – Se faire dire qu’elle n’est qu’un ordinateur.
ODELL (Ops) – Qu’on la considère comme une simple pièce électronique, je pense.
DANIELS (Conseillère) – Qu’on la traite comme un service de direction électronique.

RITA – Alors Perséphone. La bonne réponse est-elle parmi celle-ci ?

PERSÉPHONE – Oui. Il s’agit de la réponse de notre conseillère. Je déteste quand le monde me prend pour un office de tourisme et me demande sans cesse comment se rendre à telle ou telle place.

RITA – Vous seriez mieux de ne jamais rencontrer le Lieutenant Commandeur Visao. Sans son padd, Robert, il est perdu.

Éclat de rire général.

RITA – Regardons la suite.

Ce fut au visage de l’officier de Sécurité Patrick Abzalon d’apparaître sur la toile blanche.

VOIX OFF – Quelles sont les expressions préférées de Perséphone ?

ABZALON – Oh, laissez-moi réfléchir. En fait, c’est tout réfléchit : « Un peu de respect quand même! » et « Je ne suis pas un simple ordinateur! ». Elle les dit assez régulièrement.

Un sourire ironique fendait les lèvres du jeune homme.

RITA (à l’attention de son invitée) – Est-ce vrai ?

Un sourire gêné ornait la bouche holographique de la jeune femme.

PERSÉPHONE – Je dois le concéder. Mais, je n’aime pas qu’on me manque de respect et encore moins qu’on me considère comme une boite de boulons. C’est dans mes circuits.

Le sourire de l’IA indiquait qu’elle plaisantait. Elle fut suivit par le public qui rie.

RITA – Dites-moi, Perséphone, quels sont vos passes temps favoris ?

PERSÉPHONE – J’aime observer l’équipage et surveiller les enfants fugueurs de notre garderie. Ils sont tellement sympathiques et toujours polis avec moi. J’aime aussi beaucoup lire les revues scientifiques et d’ingénierie. Mais, plus que tout, j’aime passer du temps à l’holodeck avec mon fidèle compagnon, Diode.

RITA – Avant de nous quitter, nous avons encore deux témoignages à vous faire partager.

L’animatrice se tourna vers l’écran.

S’TAREN (à l’écran) – Perséphone est la grande dame virtuelle du Perséides. Comme elle est intégrée à l'informatique, elle s'occupe de presque tout à bord. Par exemple, si vous voulez retracer quelqu'un, c'est à elle que vous devriez vous adresser. Et il vaut mieux le demander poliment, soit dit en passant, car elle suit à la lettre ses algorithmes de politesse ; il y a quelques mois, M. Bib a dû passer quelque temps enfermé dans les toilettes après avoir vertement critiqué Perséphone...

Le fait d'être une créature informatique ne semble pas la troubler. En fait, elle fait parfois preuve de beaucoup d'illogisme malgré sa nature cybernétique. Récemment elle s'est vue offrir le choix entre vivre dans un corps de chair et de sang ou retourner à son état initial d’intelligence artificielle du Perséides. Le fait qu'elle ait choisi de retourner à son existence cybernétique montre que ce genre d'existence doit avoir des avantages que n'ont pas les êtres naturels.

RITA (à Perséphone) – Est-ce exact ?

PERSÉPHONE – Secret d’intelligence artificielle.

Le sourire de la jeune femme indiquait clairement qu’elle ne répondrait pas à la question.

RITA – Très bien. Voici la suite…

NARTHIL - Perséphone est une amie. Oh bien sur c'est une IA, mais quelle IA ! Elle a son caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds comme on dit. Pas question de la considérer comme un simple service de renseignements. Si vous faites cette erreur vous en serez pour vos frais. Mais, si vous êtes poli et correct avec elle, elle sera des plus charmante. Elle est un membre à part entière du Perséides, c'est l'âme du vaisseau.

Lorsque je suis arrivé à bord du Perséides, j'ai été surpris de découvrir que l'ordinateur de bord était en réalité une IA. Mais quand j'ai appris à connaître Perséphone, j'ai aussi appris à aimer cette IA qui essaie continuellement de comprendre les humanoïdes et leurs réactions, qui peut se vexer, voire éprouver des sentiments pour celles et ceux qu'elle apprécie. Elle s'est même prise d'amitié pour un chien holographique qu'elle fait suivre partout où elle va. Et comme elle a souvent participé à mes petites blagues, je ne peux que m'entendre avec elle. Je sais que je peux compter sur elle comme elle peut compter sur moi.

Certains pensent qu'un vaisseau comme le Perséides ne devrait pas être sous le contrôle d'une IA, mais c'est parce qu'ils ne la connaissent pas. Et de toute façon, elle ne contrôle pas le Perséides. Elle nous a souvent sauvé de situations délicates voire dangereuses. En toute situation elle essaie de se comporter en digne officier de Starfleet. En fait je trouve juste qu'elle manque parfois d'humour, ne comprenant pas toujours une blague ou une plaisanterie. Mais bon, on ne peut pas tout demander à une IA. Mais je ne désespère pas qu'avec le temps elle comprenne véritablement ce qu'est l'humour.

RITA – Un commentaire ?

La jeune femme avait un sourire jusqu’aux oreilles.

PERSÉPHONE – Je te promets d’y travailler fort, Clane.

RITA – C’est donc sur ce merveilleux sourire que nous allons vous quitter. Perséphone, je suis enchantée d’avoir fait votre connaissance.

PERSÉPHONE – Moi de même, Rita.

RITA – La semaine prochaine, nous allons fureter sur un nouveau vaisseau. Et l’heureux élu est le USS Solstice. Messieurs, dames, attention, nous arrivons pour savoir tout sur tout et tout le monde…

=/\= De l’autre côté de l’écran =/\=

Le générique de l’émission défilait alors que les deux hommes se regardaient d’un air satisfait.

Eh oui, telle était la passion dévorante de ces deux jeunes hommes « intelligents » et talentueux. Ils étaient rendus accrocs à l’émission à potins intergalactique, mais plus spécialement tournée pour les officiers de la station et sur celle-ci également.

Comme quoi, personne n’est parfait…

Témoignage de la Commodore Landra Arth Ardais rédigé par sa joueuse, Isabelle Myre
Témoignage du Commandeur S’Taren rédigé par son joueur, André Aubut
Témoignage du Commandeur Élite Clane Narthil rédigé par son joueur, Thierry
Merci de votre collaboration à tous.

Tatiana Bardez
Lt Azri Luvtan Nex
USS Perséïdes